OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 L’Inde (dé)connectée http://owni.fr/2012/10/19/inde-deconnectee/ http://owni.fr/2012/10/19/inde-deconnectee/#comments Fri, 19 Oct 2012 15:50:53 +0000 Sylvain Lapoix http://owni.fr/?p=122952

Au départ, ce papier devait parler de train en Inde. Plus précisément, de l’initiative de la compagnie ferroviaire nationale indienne de publier une carte de temps réel du mouvement des trains à travers le sous-continent sous forme de Google Maps. Le tout agrémenté d’une évaluation en temps réel de la ponctualité sur le réseau.

Mais la question est vite venue au sein du Pôle “data” de savoir : à qui profite la carte ? Bien que dépouillée, l’application demande tout de même le chargement de Google Maps et des mises à jour en temps réel, sans compter les fenêtres d’info qui se déploient à chaque locomotive cliquée.

Portrait schizophrénique

Si l’Inde jouit sous nos climats d’une image de pays en plein boom technologique, les statistiques publiques reflètent une autre image. Par exemple, Les comptes de la Banque mondiale indiquent pour 2011 que 10,1% seulement des Indiens étaient des usagers d’Internet, contre 38,4% en Chine.

Data from World Bank

Le portail de la statistique publique indienne (Mospi) offre un aperçu bien plus fin de l’accès au web dans le pays. Une étude sur la consommation des Indiens portant sur les années 2009-2010 peint un portrait schizophrénique de ce pays : une face rutilante et équipée d’urbains et une majorité diffuse et déconnectée de ruraux.

Le recensement 2011 souligne l’importance de cette partition : à côté des zones fortement urbanisées comme Delhi (97,5% de ville), Chandigharh (97,25%) ou Lakshadweep (78,8%), la majeure partie de la population vit à la campagne. Avec 68,84% de ruraux, la dernière enquête répertoriait plus de 833 millions d’habitants hors les villes, coupés, pour la plupart, des infrastructures de communication modernes. Plus que la population totale de l’Europe – états hors Union européenne et Russie compris.

En croisant les deux données, nous avons cartographié la fracture numérique indienne (voir ci-dessous) : en rouge les états dont le taux d’accès en zone rurale est inférieur à dix pour mille foyer (soit inférieur à 1%), en jaune ceux dont l’accès est supérieur à 1% mais inférieur à 5% et en vert ceux dont l’accès est supérieur à 5% de la population. Sur les 35 états et districts de la fédération indienne, seuls six dépassent la zone rouge, pour une population totale de 44,5 millions d’Indiens. Les 29 autres comptent pour 1,165 milliards d’habitants. La moyenne nationale d’accès en zone rurale s’établissant pour 2009-2010 à 0,35% des foyers.

Prisme mobile déformant

Le potentiel commercial de ce milliard et quelques habitants pousse cependant de nombreuses sociétés à ignorer ce fossé numérique. L’une des méthodes utilisées consiste notamment à se concentrer non pas sur l’accès domestique mais sur l’accès mobile.

Une étude Ipsos commandée par Google et la Mobile Marketing Association assurait ainsi que les Indiens dépassaient les Américains dans l’Internet mobile. Le chiffre avancé de 76% d’usagers mobiles indiens utilisant les réseaux sociaux contre 56% des Américains ne portait cependant que sur les détenteurs de téléphone mobile.

Une première réserve porte sur le fait que l’accès fixe à l’Internet (comme le montre notre carte ci-dessus) reste marginale en Inde. L’étude consommation des ménages de l’institut de la statistique publique indienne relève néanmoins une consommation mobile très développée en zone rurale : l’achat de téléphone mobile concernait 69 foyers sur 1000 contre 1 sur 1000 pour les téléphones fixes et les recharges de mobile plus de la moitié des foyers interrogés (536 pour 1000) ! À titre de comparaison, l’achat de mobile concernait en zone urbaine 78 foyers pour 1000, soit moins de 1% de plus qu’à la campagne, et celle de recharges 818.

Une nuance de taille intervient cependant dans ces statistiques : celle de la dépense. En campagne, les dépenses mensuelles liées aux téléphones mobiles sont évaluées à 1,8 roupie par mois (1,4 centime d’euro) et 18,93 roupies (25 centimes) de recharge contre 55,58 roupies en ville pour les recharges (78 centimes) et 3,94 roupies en appareil (4,3 centimes).

Le site GeneratedContent.org se penchait récemment sur la façon dont la majeure partie du monde reçoit l’Internet mobile. Une étude datant de 2011 plaçait en tête des téléphones mobiles les plus utilisés dans le monde le Nokia 3150 Xpress Music, modeste dalle commercialisée depuis février 2009 par le constructeur finlandais. Avec ses 320 pixels de hauteur et 240 pixels de largeur connectés en WAP 2.0, cette antiquité aussi tactile qu’un Minitel reste à ce jour le téléphone le plus courant dans la plupart des pays d’Afrique (notamment en Egypte et en Afrique du Sud) ainsi qu’en Thaïlande et en Chine.

N’en déplaise à la ronflante étude Ipsos, l’Inde ne turbine pas la 3G à coup de Samsung Galaxy ou d’iPhone. Le téléphone le plus courant y est le Nokia X2 01 (également leader en Indonésie) dont les caractéristiques s’avèrent un peu meilleures que celle du 3150. Equipé en 3G (mais pas en Wi-Fi), le téléphone affiche sur un écran 320×240 pixels une densité de 167 pixels par image en QVGA pour une diagonale de 2,4 pouces. A titre de comparaison, l’iPhone 5 affiche en 4 pouces 1136×640 pixels.

Un commentaire au billet mentionné ci-dessus évoque une situation où la vision eurocentrée de l’accès à Internet a joué des tours aux meilleures volontés :

Il y a trois mois, j’ai déménagé en Afrique du Sud pour développer une application de réponse d’urgence. Dans un premier temps, j’ai pensé développer une application pour Android mais après quelques mois, j’ai réalisé que personne ne pouvait se payer ces téléphones. J’ai vite pris conscience de la popularité des Nokia et j’ai orienté mon application pour qu’elle soit compatible avec le X2-01.

Une réflexion valable pour les humanitaires comme pour les pouvoirs publics. Dans des pays dont l’accès mobile se résume à un écran de 2,4 pouces en 320×240, toute initiative d’Open Data inaccessible en Edge est vouée à rester un gadget dont ne se réjouiront que les pays où les appareils d’Apple et Samsung sont abordables jusque dans les zones rurales.

Le seul soulagement des pays mal équipés étant de fabriquer les téléphones mobiles haut de gamme à bas prix.


Photo par CGIARClimate [CC-byncsa]

La carte reprend les icones Rural designée par Evan Caughey et City designée par Inna Belenky, tous deux repérés en CC BY NC sur l’excellent site The Noun Project, recommandé par notre cher Cédric Audinot /-)


Nos données

Inde : accès à Internet des populations rurales et urbaines (Google Docs)

Sur le site officiel du ministère de la statistique du gouvernement fédéral indien (Mospi), les données sur les biens de consommation (dont les téléphones mobiles) sont à retrouver dans l’étude “Indicateurs clefs des dépenses des ménages indiens 2009-2010″ (PDF), publiée en juillet 2011 par le National Sample Survey Office du ministère Indien de la statistique.

Les données sur la connexion à Internet sont compilées dans l’étude “Niveau et schéma de consommation 2009-2010″ (PDF), publiée par le même organisme en décembre 2011.

Les données du recensement 2011 de l’Etat fédéral indien sont à télécharger en PDF ou en XLS sur le site dédié (interface Flash).

Les données de la Banque mondiale sur l’accès à Internet dans le monde sont à télécharger en XLS ou en XML sur l’excellent portail data de cette institution.

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http://owni.fr/2012/10/19/inde-deconnectee/feed/ 4
Le tueur en série, la DGSE et les Talibans http://owni.fr/2012/09/05/le-tueur-en-serie-la-dgse-et-les-talibans/ http://owni.fr/2012/09/05/le-tueur-en-serie-la-dgse-et-les-talibans/#comments Wed, 05 Sep 2012 17:19:13 +0000 Guillaume Dasquié http://owni.fr/?p=119337

Charles Sobhraj, alias “Le Serpent” : vedette des séries estivales consacrées aux grands criminels. Officiellement, c’est un tueur en série de nationalité française et d’origine vietnamienne ayant sévi en Inde dans les années 80.

Et enfermé depuis 2003 dans une prison du Népal, pays où de fins limiers l’ont interpellé pour un énième assassinat dont les détails nous échappent à la lecture de son parcours, tel que le décrit L’Express, au mois d’août, ou comme le raconte France Info dans son feuilleton Histoires criminelles. Les jugements et les preuves en relation avec son incarcération à Katmandou manquent dans les différentes sagas. Mais qu’importe sa culpabilité véritable.

Bollywood

L’homme est déjà entré dans cet étrange Panthéon réservé aux pires salopards qui incarnent le mieux les côtés sombres de notre petit monde. Au printemps dernier, des producteurs de Bollywood en Inde ont annoncé le lancement d’une superproduction retraçant les méfaits et surtout les évasions de Charles Sobhraj à travers le sous-continent, en particulier celle de la prison de Tihar, en 1986 – demeurée célèbre dans les annales de la police locale. La vedette du cinéma indien Saif Ali Khan tiendra le rôle du criminel présumé.

La trajectoire de Charles Gurmurkh Sobhraj, né le 6 avril 1944 à Saigon – alors colonie française – emprunte des chemins pourtant bien plus étranges, plus complexes aussi, que ceux montrés par ces scénaristes ou dans les multiples récits livrés par la chronique criminelle. Ainsi, comme nous pouvons le détailler, divers documents des services secrets français, méconnus jusqu’à présent, lui sont consacrés. Non pas en raison de ses escroqueries ou de ses meurtres présumés.

L’intérêt qu’il suscite se situe à un niveau plus stratégique. Il s’explique par le rôle que lui prêtent les agents de la DGSE dans des transactions illicites de matériels d’armement financées au début des années 2000 par deux importants narcotrafiquants afghans. Là, dans ces pages couvertes par le secret défense, le portrait du tueur en série un peu maniaque disparaît au profit de celui d’intermédiaire en relation avec des personnalités des services secrets pakistanais de l’Inter Services Intelligence (ISI).

Un homme qui se balade à travers l’Asie centrale en se prévalant lors de certaines rencontres, semble-t-il, d’une relation de confiance avec des dignitaires Talibans. Et qui fréquente quelques professionnels du cinéma français lui permettant d’utiliser des cartes de visites et des noms de société inspirant confiance. Une toute autre histoire. Une note de la DGSE que nous publions plus bas affirme ainsi :

Au cours du printemps 2001, Charles Sobhraj a repris contact avec le courtier non autorisé en armement Philippe Seghetti afin de se procurer des mini-réacteurs de type R-36 TRDD-50 de conception russe. Cette demande lui aurait été adressée par deux intermédiaires pakistanais de l’Inter Service Intelligence (ISI). Par ailleurs, Charles Sobhraj, souhaitant se procurer de la drogue en paiement des équipements livrés, le financement de cette transaction pourrait être assuré par des ressortissants afghans agissant dans le domaine des narcotiques, MM. Hâdji Abdul Bari et Hâdji Bachar.
Charles Sobhraj, qui a probablement été évincé de cette transaction, continue de soutenir les Talibans. En effet, ces derniers l’ont invité à se rendre dans la région de Peshawar (Pakistan) pour effectuer des transactions. Le laissez-passer devra être rédigé au nom de la société française Victor Productions, derrière laquelle M. Sobhraj abrite ses intérêts commerciaux.

Sobhraj DGSE

Nous avons retrouvé la trace de Victor Productions, à Londres, au 18 Wigmore Street. La société ne paraît plus active mais elle a été enregistrée par un producteur français, François Enginger. Celui-ci apparaît notamment au générique de la saison 2 d’Engrenages, la série vedette de Canal Plus, cuvée 2008. Nous avons contacté la société Son & Lumière, une quasi institution dans les milieux du cinéma français, qui a produit les différentes saisons d’Engrenages. Nos interlocuteurs nous ont répondu qu’ils ne connaissaient pas François Enginger et qu’ils ne voulaient pas nous parler.

Pas plus de chance avec Philippe Seghetti, nous n’avons obtenu aucune réponse aux sollicitations envoyées pour entrer en contact avec lui. Et aucun élément matériel ne nous permet de corroborer les soupçons que nourrissent les services secrets à son encontre. Selon nos informations, cet homme d’affaires est intervenu à plusieurs reprises sur les marchés de la sécurité en Afrique, notamment en République démocratique du Congo.

Armement

La Lettre du Continent, spécialisée sur les réseaux de la Françafrique, mentionne l’existence d’un partenariat entre Philippe Seghetti et une structure appartenant aujourd’hui à la Sofema, une entreprise spécialisée dans l’accompagnement des contrats d’armement pour le compte des industriels français de la défense.

Les mini-réacteurs de type TRDD-50 qui intéressent la DGSE dans sa note sont produits à une échelle importante en Russie, en particulier dans les ateliers de la société OJSC, basée à Omsk et spécialisée dans la fabrication de moteurs et de systèmes de propulsion pour l’aéronautique. Entre les mains de professionnels de l’armement, ces minis-réacteurs peuvent servir au développement de missiles de croisière – à l’image du missile chinois HN-2 – ou servir à construire des drones artisanaux.

La note de la DGSE, rédigée début 2002, quelques mois avant l’arrestation de Charles Sobhraj au Népal, précise que ses commanditaires pakistanais ont pris contact avec la société géorgienne Indo-Georgia International, également en mesure de produire les fameux mini-réacteurs TRDD-50.

À la même époque, cette entreprise apparaît impliquée dans d’importantes livraisons d’armes de guerre aux indépendantistes en Tchéchénie ; que soutenaient l’Arabie Saoudite, le Pakistan et les réseaux Talibans. Une constante, de nos jours encore, les séparatistes ouzbeks et tchétchènes s’entraînent et combattent en Afghanistan.

Dans ce contexte, le 13 septembre 2003, tandis qu’il était domicilié en France en toute légalité (malgré un passé judiciaire chargé), Charles Sobhraj effectue un voyage au Népal pour affaires. Avec un visa en bonne et due forme délivré par le consulat du Népal à Paris. Il n’en repartira jamais. Ce jour-là, il est interpellé par la police de Katmandou dans le cadre d’un contrôle d’identité. Et après une vingtaine de jours de détention, de manière plutôt surprenante, il est inculpé pour un assassinat crapuleux commis au mois de décembre 1975.

L’accusation repose principalement sur les photocopies de deux cartes d’enregistrement dans un hôtel réservé aux étrangers, remontant à décembre 1975 et qui désigneraient Sobhraj. Près d’un an après cette inculpation, et malgré des expertises mettant en cause la fiabilité de ces photocopies, et sans aucune autre preuve matérielle, la Court de Katmandou condamne Charles Sobhraj à la prison à vie, le 12 août 2004.

Preuves originales

À Paris, Maître Isabelle Coutant-Peyre, avocate hors normes, familière des dossiers difficiles, assurant la défense du terroriste Carlos, prend en charge l’affaire Charles Sobhraj, en relation avec les avocats népalais. À titre bénévole, pour des questions de principe, nous explique t-elle. Après avoir consulté le dossier de l’accusation, elle introduit un recours devant la Commission des Droits de l’Homme des Nations unies. Qui se transforme en plainte contre l’État du Népal.

Et elle gagne. Dans un avis du 27 juillet 2010, que nous reproduisons ci-dessous, la Commission des Droits de l’Homme des Nations unies condamne sans réserve l’État du Népal pour avoir violé des dispositions du droit interne népalais, et surtout pour avoir mené une procédure sans respecter les principes judiciaires les plus élémentaires, en particulier la nécessité de mener une instruction contradictoire, à charge et à décharge, d’accorder la possibilité à l’accusé d’écouter les griefs qui lui sont adressés dans une langue qu’il comprend, et de fonder les actes d’accusations sur des preuves originales et non sur quelques copies dont l’authenticité est sérieusement contestée.

Charles Sobhraj United Nations

Onze ans après son arrestation, Charles Sobhraj dort toujours dans une prison népalaise. Son casier judiciaire chargé, sous d’autres juridictions, revient parfois comme un ultime argument pour tenter de cautionner une condamnation vide de raison juridique. Mais peut-être pas de raison d’État. Le 25 octobre 2010, le chef de cabinet de l’Élysée, Guillaume Lambert a rédigé une lettre – que nous avons pu consulter – dans laquelle il exprime toute l’empathie de l’État français pour le cas Sobhraj. Sans vraiment convaincre.


Serpents par Caravsanglet et ggalice sous licences Creative Commons via Flickr

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Are-Vah en hindi dans le texte http://owni.fr/2012/02/06/are-vah-areva-jaitapur-inde/ http://owni.fr/2012/02/06/are-vah-areva-jaitapur-inde/#comments Mon, 06 Feb 2012 13:40:50 +0000 Ophelia Noor et Claire Berthelemy http://owni.fr/?p=94452

Le port de Sakrinate a une économie prolifique. 1er port de pêche de la région, il fait face au plateau de Jaitapur convoité pour l'installation du complexe nucléaire. © Micha Patault/Picture Tank

Le projet de centrale nucléaire d’Areva dotée de deux réacteurs EPR dans la ville de Jaïtapur, en Inde,  a poussé le photojournaliste Micha Patault à s’intéresser de plus près à la question. Son projet de documentaire, est malicieusement intitulé ARE-VAH, interjection qui signifie “oh putain” ou “oh la la” en hindi. Un reportage au long cours sous forme de road-movie, commencé en 2011 pendant la catastrophe de Fukushima. Le jeune réalisateur repart sur le terrain dans deux semaines, avec la preneuse de son Sarah Irion. Une collecte de fonds est organisée sur Kiss Kiss Bank Bank pour soutenir le son projet. Entretien.

Comment est née l’idée de ce documentaire ?

L’Inde est un terrain que j’appréhende bien, je m’y rends depuis 10 ans, je parle hindi couramment. Je l’ai étudié car je voulais connaitre cette société. J’ai travaillé ensuite sur les conséquences de l’affaire Bhopal pendant 4 ans. C’est aussi à ce moment là que je me suis rendu compte que la photographie pouvait avoir un impact, être documentaire.

Deux E.P.R Indian Tonic

Deux E.P.R Indian Tonic

Pour un contrat de 5,7 milliards d'euros, en Inde, sur une zone sismique, Areva lance la construction de deux réacteurs ...

À mon retour, je me suis ensuite penché sur la question du nucléaire à plusieurs reprises. J’ai d’abord été aux États-Unis à Richland, ville berceau du nucléaire, où j’ai réalisé un webdocumentaire,Atomic City. Mon but était de comprendre l’origine de l’épopée nucléaire. Puis, je suis revenu vers le cas français et j’ai documenté la transition énergétique pour le compte de Greenpeace. J’ai alors imaginé une trilogie sur le nucléaire, en plongeant d’abord dans le passé comme à Atomic City, dans le présent à Jaitapur, et dans le futur.

Pourquoi faire de Jaitapur le symbole du présent nucléaire ?

C’est important de symboliser le présent par l’acte et pour moi c’est Jaitapur. Sans aucun jugement de valeur par rapport à Fukushima évidemment, car on est face à quelque chose de très grave. Mais je trouvais plus intéressant de symboliser le présent nucléaire par les décisions des états et la responsabilité des entreprises dans le cadre d’un futur projet de centrale comme à Jaitapur, plutôt que par les conséquences d’une catastrophe comme celle de Fukushima. L’idée était de prendre le contre-pied de ce désastre japonais en travaillant sur la question indienne sachant que nous, français, sommes actuellement dans cette problématique. C’est Areva, et des banques françaises comme la BNP [La BNP - entre autres - devrait prêter à l'état Indien pour l'achat des EPR, NDLR] et les contribuables français qui sont directement impliqués dans ce projet indien. Et ça rejoignait ma logique de recherche et la logique temporelle dans cette chronologie du nucléaire. Plus tard, je me consacrerai au troisième volet du futur sur les déchets nucléaires. Mais ce qui me presse aujourd’hui c’est de traiter, surtout pendant cette période d’élection présidentielle, la question du nucléaire.

Les pancartes anti-nucléaires sont confisquées par les autorités. Cinq villages doivent être évacués, mais les habitants résistent et se mobilisent. Village de Madban. ©Micha Patault/Picture Tank

Vous étiez à Jaitapur lors de la catastrophe de Fukushima. Quelles ont été les réactions des Indiens ?

Les gens en Inde sont très au fait de Fukushima. J’étais à Jaitapur quand la catastrophe est arrivée. Je me rappelle de Pradip, leader d’un petit groupe, qui m’appelle et me dit : “c’est peut-être notre chance ce drame. Ils vont abandonner le projet !” Fukushima a provoqué un énorme raz de marée médiatique en Inde. Le projet nucléaire de Jaitapur et la catastrophe de Fukushima étaient partout dans les médias. Mais il faut déjà beaucoup de force pour lutter contre son gouvernement d’état.

Vous repartez dans deux semaines, une collecte de fonds est lancée sur Kiss Kiss Bank Bank, qu’est ce qu’il vous manque pour avancer dans l’enquête ?

Pour le moment, je n’ai que des constats de faits. J’étais là-bas en mars 2011, j’ai recueilli les témoignages de plusieurs personnes, des pêcheurs, des leaders locaux, des institutionnels comme Greenpeace et l’activiste anti-nucléaire Vaishali Patil. Mais je veux aller plus loin. J’ai des questions qui demandent à être démontrées. Par exemple, si cette région est aussi sismique qu’ils le prétendent alors pourquoi le projet a-t-il été accepté ? Sur l’échelle de l’Inde, la région de Jaitapur est classée niveau 4 sur les 5 zones. Depuis la signature de l’accord avec la France, la zone a été re-classée au niveau 3. Pourquoi ? Je voudrais aller interviewer le spécialiste de cette question qui se trouve à Delhi. Côté financier et partenariats, des négociations sont en cours sur le son avec des radios. Et pour le web-documentaire, Picture Tank m’aide sur la levée de fonds et dans la recherche d’un diffuseur et d’un producteur. La collecte de fonds sur KissKissBankBank servira uniquement à financer le reportage à venir.

Quelle trame narrative avez-vous envisagée pour construire le webdocumentaire ?

Je suis d’abord parti d’un constat. À Jaitapur j’ai vécu et senti une grande pression policière. Le terrain était très compliqué, j’ai du me cacher. Je portais constamment mon topi musulman, avec ma barbe, pour me faire passer pour un local. Les gens ont peur, on le sent. Une zone entière va être dépeuplée et cinq villages vont être évacués. La pression est forte. Pour me déplacer jusque cette zone il m’a fallu prendre de gros risques. Et je sentais que j’en faisais prendre aussi aux gens qui me côtoyaient. C’est en racontant cette expérience à mon retour en France que des personnes m’ont fait réaliser que le plus intéressant était de montrer cette pression et cette peur sur place. En le vivant soi-même. Du coup, j’ai réfléchi à comment je pouvais montrer cela de manière humaine. C’est à ce moment que m’est venue l’idée du protagoniste local qui mènerait l’enquête à mes côtés sous la forme d’un road-movie à travers ces différents lieux, entre le Bhopal et Jaitapur.

Pravin Gavankar est président du Jahnit Seva Samiti, leader de la lutte anti-Jaitapur. "Les autorités répriment sévèrement notre mouvement pacifiste. J'ai fait plusieurs séjours en prison et nous sommes régulièrement menacés." Village de Madban. ©Micha Patault/Picture Tank

Pouvez-vous nous en dire plus sur ce protagoniste et sur le point de vue adopté ?

Je n’ai pas l’habitude de partir en équipe et écrire me prend beaucoup de temps. Je travaillerai avec Sarah Irion qui est preneuse de son et rédactrice. La troisième personne est donc Sanjay Verma, un indien, totalement engagé dans l’histoire de Bhopal que j’ai rencontré en 2011. À la fois victime et acteur majeur, il a perdu toute sa famille dans la catastrophe de Bhopal à l’âge de trois ans. Il a 29 ans aujourd’hui, fait des études à Delhi et se trouve à la tête d’une association, Students for Bhopal. Sanjay se bat au quotidien pour faire reconnaitre les droits des indiens et la responsabilité de Dow chemicals [Anciennement Union Carbide, NDLR] dans cette catastrophe. Sanjay endosserait donc comme moi le rôle d’enquêteur sur Jaitapur. Mais ce qui m’intéresse encore plus c’est d’avoir sa vision et ses réactions à chaud après un rendez-vous ou une rencontre. Comment on montre un anachronisme de l’état, entre les décisions prises aujourd’hui et le fait qu’aucune leçon ne semble être tirée du passé. Je voudrais le montrer de façon humaine et de cette manière là, réussir à impliquer le public dans cette histoire.

Amjad Borkar, leader de la Ligue des Pêcheurs. Sakrinate. "Si ce projet se réalise, les habitants de toute la région seront obligés de fuir." © Micha Patault/Picture Tank

Justement, l’enquête se déroulera sur la route entre Bhopal et Jaitapur. Pourquoi avoir pris Bhopal comme point de départ ?

La mémoire industrielle de l’Inde c’est justement la catastrophe chimique de Bhopal. Cela fait plus de 27 ans que les victimes se battent pour obtenir une compensation plus plus juste. L’Inde a ce passé et cette conscience de la responsabilité des entreprise étrangères. C’est une question très sensible qui peut mettre le feu aux poudres très rapidement. Bhopal est une verrue pour le gouvernement indien qui cherche à privilégier ses accords économiques avec ces entreprises. Et des pays comme les États-Unis et la France veulent prendre ces marchés de centaines de milliards de dollars. C’est pour cela que Bhopal me semblait un bon point de départ. Le lien entre le passé et le présent est fondamental.

Comment allez-vous travailler sur le terrain, avec quel medium allez-vous privilégier ?

La photo est très difficile sur le terrain. Le site nucléaire de Jaitapur n’est pas encore construit. Pour l’instant c’est du papier, des accords, des signatures. Il me fallait de l’image, du concret, des faits, une dynamique. Je vais privilégier la vidéo, avec le 5D et une GoPro. Sarah aura le micro. Je ferai de mon mieux pour la photo, mais le but c’est de passer inaperçu donc je prévois aussi filmer avec l’iPhone. J’ai peur que ça tourne mal bien sûr, qu’on me confisque des affaires. Je pense idéalement y rester un mois. Le temps de me mettre dans le bain. On partira de Bhopal avec Sanjay. On va faire les choses petit à petit, en prenant le moins de risques possibles. Nous allons passer par le village de Kudankulam dans l’état du Tamil Nadu au sud de l’Inde, pour voir son complexe nucléaire russe très controversé. Mais je dois faire très attention. Je sais aussi que la police là-bas commence à avoir des droits qui sont totalement anti-démocratiques.

L'économie de la pêche est prolifique dans la région de Jaitapur. Les pêcheurs dénoncent l'impact négatif de l'exploitation de la centrale nucléaire sur l'écosystème marin. Le port de Sakrinate compte 500 bateaux. @Micha Patault/Picture Tank

Vous parlez de la tension ambiante, maintenant de pressions policières ?

Au Kudankulam, les leaders sont déjà accusés de sédition et de guerre contre l’état. Le gouvernement indien vient d’autoriser les autorités policières du Tamil Nadu à arrêter les leaders qui s’opposent au projet de centrale. Ils risquent des peines à perpétuité alors qu’ils participent à des manifestations pacifiques. C’est peut-être ce qui attend Jaitapur. Les condamnations pourraient être les mêmes. Je pense qu’il y aura beaucoup de stress et de pression sur place car la construction commence en 2012 sachant que le réacteur devra être opérationnel en 2018.

Que peut-on dire de la pression financière ?

En 2010, une limite de dédommagement en cas de catastrophe nucléaire, a été signée. En cas d’incident nucléaire majeur, il sera demandé à l’entreprise étrangère une somme de 250 millions de dollars. C’est dérisoire et humiliant. Pour point de comparaison, la catastrophe chimique de Bhopal a reçu 470 millions de dollars au total. Et cette somme était déjà insuffisante. Là nous parlons de nucléaire, c’est encore plus grave car ce type de catastrophe ne connait pas de frontières. Mais c’est pourtant acté avec le gouvernement indien : Areva sait qu’elle ne devra verser qu’une toute petite participation de 250 millions de dollars alors que le contrat initial des EPR se monte à 7 milliards de dollars. Paradoxalement aujourd’hui aucun EPR ne fonctionne. Le gouvernement indien demande et attend toujours le compte rendu de nos centrales, l’audit de l’ASN (ndlr : Autorité de sûreté nucléaire).

Vijaya Kondekar a 75 ans. Elle a fait partie des 650 personnes arrêtées par la police à la suite d'une manifestation en 2010. Village de Madban. ©Micha Patault/Picture Tank

Quelles sont les conséquences pour les populations locales ? Comment réagissent-ils ?

Ce qui m’intéresse c’est ce combat qui s’annonce entre le peuple et le gouvernement. Des propositions d’alternatives ont-elles été faites ? Non. Beaucoup de choses n’ont pas été honorées. Les populations son perdantes, d’abord sur le prix des rachats des terres. Aujourd’hui le gouvernement local estime qu’ils ont racheté les terres, mais une centaine personne seulement ont vendu à prix d’or et elles vivent à Bombay. La majorité qui vit sur place, n’est pas au courant et ne veut pas vendre. C’est une question très délicate. D’ailleurs le gouvernement essaie de monter les communautés entre elles mais ça ne marche pas. Les populations ne laisseront pas tomber parce que l’économie de la pêche est phénoménale et vitale. Beaucoup de tibétains et de népalais sont saisonniers, et viennent gagner leur vie dans cette région six mois par an. Cette centrale et ces évacuations de populations vont toucher économiquement toute la région, bien au-delà de ces cinq villages.

Mansur A.Solkar, gérant de la société AF Sea Foods. Village de Sakrinate. "L'économie de la pêche ici est ancestrale. Nous avons de très bons revenus." ©Micha Patault/Picture Tank

Les militaires ont-ils un intérêt dans la construction de ces centrales ?

Ce sujet est intéressant, c’est un pays émergent, comme le Brésil, une des plus grande démocraties, c’est un symbole. Sur le côté militaire en Inde, j’aimerai une réponse d’un spécialiste sur le versant militaire. On pourrait soupçonner qu’une centrale aussi puissante puisse générer beaucoup de plutonium nécessaire a la construction du bombes. En fait c’est du MOX et un retour possible a du détournement de plutonium. Donc on passe du civil au militaire. C’est tout aussi dangereux. Étant donné que l’Inde n’est pas signataire du traité de non prolifération nucléaire elle pourrait cacher ses activités nucléaires militaires de manière légale. Si d’énormes centrales demain couronnent l’Inde avec du MOX on peut légitimement se poser la question de l’intérêt militaire. Les pressions sont peut-être aussi à chercher de ce côté là.

Cliquer ici pour voir la vidéo.


Photographies par Micha Patault / Agence Picture Tank © Tous droits réservés Vous pouvez soutenir le reportage de Micha Patault en faisant un don sur la page KKBB dédiée au projet ARE-VAH.

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Deux E.P.R Indian Tonic http://owni.fr/2012/02/06/indian-tonic/ http://owni.fr/2012/02/06/indian-tonic/#comments Mon, 06 Feb 2012 00:49:58 +0000 Claire Berthelemy http://owni.fr/?p=94446

Les pancartes anti-nucléaires sont confisquées par les autorités. Cinq villages doivent être évacués, mais les habitants résistent et se mobilisent. Village de Madban. ©Micha Patault/Picture Tank

En Inde, au Sud de Bombay, près de la ville de Jaïtapur, dans une zone fortement sismique, Areva met en chantier la construction de deux réacteurs EPR de troisième génération. Ils pourraient entrer en activité en 2014. Le site où ils vont être implantés est distant d’environ 110 kilomètres de l’épicentre du séisme de Koyna de 1967 – d’une intensité de 6,3 sur l’échelle de Richter.

L’éventualité qu’un tremblement de terre endommage un jour les futurs réacteurs EPR semble avoir été minimisée jusqu’à présent – malgré des manifestations de la population locale au mois d’avril 2011.

6 sur l’échelle de Richter

Depuis quelques semaines pourtant, des recherches ont démontré le caractère sérieux de ce risque. Il s’agit d’une étude géologique publiée le 25 novembre dernier dans la revue scientifique Current Science, une publication éditée en partenariat avec l’Académie des sciences de New Delhi. Dans leur compte-rendu scientifique – que nous vous proposons de télécharger ici - deux géologues, Roger Bilham et Vinod K. Gaur, l’un professeur à l’Université du Colorado et l’autre ancien directeur de l’Institut indien de géophysique, démontrent l’absence de pertinence du choix de l’emplacement des EPR. Selon eux :

La région a les mêmes propriétés sismiques que les zone de Koyna et Latur où des tremblements de terre équivalent à 6,5 se sont produits ces cinquante dernières années (…) Un séisme d’une magnitude d’au moins 6 sur l’échelle de Richter pourrait frapper la région de Jaitapur.

La lecture de leurs travaux permet même de conclure que la survenue d’une telle catastrophe dans la zone de Jaïtapur représente davantage une question de temps. Un constat que ne partage pas le partenaire local d’Areva, l’entreprise publique Nuclear power corporation of India limited (NPCIL), chargé de la fourniture d’électricité et à ce titre futur exploitant des réacteurs. Dans un communiqué, le groupe dément la sismicité de la zone en faisant référence à d’autres travaux.

En France, les responsables d’Areva ne se montrent pas directement concernés. Au service com’ du géant du nucléaire, Jérôme Rosso, nous explique :

C’est aux autorités indiennes de décider où elles souhaitent implanter les centrales. Le risque sismique pour Areva est pris en compte dans le cahier des charges et donc dans la conception même des réacteurs.

Irréprochable

Are-Vah en hindi dans le texte

Are-Vah en hindi dans le texte

Micha Patault est un photographe spécialiste de l'Inde et du nucléaire. Après quelques semaines passées à Jaïtapur, ...

La décision d’implanter ces réacteurs nucléaires dans cette région est naturellement antérieure à la catastrophe de Fukushima du Japon et à ses enseignements. En septembre 2008, alors que l’Inde cherche à accroître sa production énergétique pour soutenir sa folle croissance, le gouvernement français signe un accord de coopération sur le nucléaire civil. Objet de cette entente franco-indienne : exporter des EPR français et le combustible pour les alimenter. Dans ce cadre, Jaïtapur passe pour la pièce maîtresse du nouveau parc nucléaire indien.

Quelques mois plus tard, en février 2009, le protocole d’accord entre les deux pays est conclu. Il prévoit la construction de deux à six EPR de 1650 Mégawatt à Jaïtapur.

La visite de Nicolas Sarkozy en Inde en décembre 2010 voit les contrats se signer entre le premier ministre Manmohan Singh et le Président français. Les deux accords cadres des deux EPR à Jaïtapur sont confiés à Areva. Dans une interview accordée au Times of India, Nicolas Sarkozy déclare alors :

La France, vous le savez, a été le premier avocat de l’Inde dans le monde sur la question du nucléaire civil. Nous avons été les premiers à agir pour sortir l’Inde de l’isolement dans lequel elle se trouvait depuis 1998 et pour qu’elle soit autorisée à nouer des coopérations dans ce domaine. Nous l’avons fait parce que l’Inde s’est toujours comportée de manière irréprochable en matière de non-prolifération et parce que l’Inde a besoin de l’énergie nucléaire civile, qui est une énergie propre, pour son développement.

Le plateau de Jaïtapur vu depuis le haut du village de Sakrinate, le plus important port de pêche de la région. Il ne sera pas évacué mais risque d'être très touché économiquement par l'installation du complexe nucléaire prévu juste en face. ©Micha Patault/Picture Tank

L’Inde, avec son milliard d’habitants, sa démocratie parlementaire et sa croissance à plus de 7% même après la crise de 2008 apparaît comme l’un des pays les plus fréquentables pour vendre la technologie nucléaire française. Et apporter à Areva un contrat juteux qui oscille entre 5 et 7 milliards d’euros, selon les options commerciales mises en oeuvre. Chez Areva, Jérôme Rosso explique :

Les discussions sont encore en cours concernant le contrat commercial, un accord a été signé en décembre et une étude de faisabilité a été faite pour les deux réacteurs EPR. NPCIL avait clairement indiqué qu’ils attendaient les résultats de l’Agence de sûreté nucléaire [française, NDLR] sur la sûreté et cette dernière a communiqué en janvier les modifications à apporter et les exigences qu’elle impose à EDF et Areva. NPCIL a déclaré début janvier qu’ils souhaitaient signer d’ici décembre 2012. Mais comme nous sommes en cours de négociation, nous ne pouvons pas communiquer sur le montant du contrat final.

Les volets commerciaux du contrat sont pour l’heure contrariés par la règlementation indienne sur la responsabilité du fournisseur en cas d’incident et l’indemnisation des victimes. Une loi est en train d’être discutée au Parlement indien qui obligerait Areva à indemniser ceux qui les poursuivraient en justice.

Une reproduction d'un article du Maharashtra Times trône sur la place du village de Sakrinate. Le journaliste Pradeep Indulkar y explique les effets de la centrale nucléaire sur l

Chez Areva, nos interlocuteurs se montrent confiants, cependant :

C’est de l’ordre de la responsabilité civile nucléaire : dans le cas indien, évidemment, on appliquera la loi indienne. Là pour le moment, le texte est étudié et des modifications peuvent être encore faites au Parlement.

Mais Bernard Bigot, président du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), a justifié une de ses visites en Inde en décembre 2011 par l’importance de ce problème :

En Inde, se posait le problème de la loi sur la responsabilité civile nucléaire qui, à la suite de l’accident de Bhopal [mettant en cause l'industrie chimique, mais ayant fait jurisprudence] reportait des responsabilités sur le fournisseur, contrairement à la tradition de la filière nucléaire attribuant cette responsabilité à l’exploitant – ce qui est normal, puisqu’il est en première ligne. Je suis donc allé dans ce pays pour expliquer à nos partenaires indiens pourquoi leur choix n’était pas raisonnable. Je ne crois pas, en agissant ainsi, être sorti du cadre de mes fonctions.

Au-delà des aller-retours diplomatiques, des organisations militantes dénoncent l’absence de transparence du financement. Selon Greenpeace le premier contrat négocié par les deux entreprises de la filière nucléaire font monter à 5,4 milliards d’euros les deux réacteurs. Soit 2,7 milliards chacun. Financés à hauteur de 70% de dette et 30% de fonds propres du gouvernement indien.


Photographies par © Micha Patault /Picture Tank, tous droits réservés
Carte de l’Inde réalisée par Micha Patault.

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L’armée pakistanaise se paye sa série télé http://owni.fr/2011/07/22/larmee-pakistanaise-se-paye-sa-serie-tele/ http://owni.fr/2011/07/22/larmee-pakistanaise-se-paye-sa-serie-tele/#comments Fri, 22 Jul 2011 09:59:39 +0000 Alexandre Marchand http://owni.fr/?p=74463 Ralenti. Trois hommes en tenue d’aviateurs. Ils avancent sur le tarmac. Démarche grave. Mine sérieuse. Ray-Bans noires. Gants blancs. Armes apprêtées. Riffs acérés. Batterie énervée.

Non, vous ne regardez pas une rediffusion de Top Gun : vous êtes devant “Faseel-e-Jaan Se Aagay” (“Au-delà de l’appel du devoir”), la nouvelle série de l’armée pakistanaise ! Estampillé “histoire vraie”, le show décrit le combat (héroïque, bien sûr) des soldats contre les Talibans dans la vallée de Swat en 2009. Une saga qui fleure bon le nationalisme et le mélo. ““Esprits invincibles, âmes immortelles” proclame le sous-titre en toute humilité. Lancé en janvier, le feuilleton compte onze épisodes, divisés en deux “saisons”. PTV, la télévision d’État, en diffuse le deuxième volet depuis la mi-juin.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

De l’héroïsme bon marché

L’armée définit la trame de la série : le combat des soldats pakistanais, bravoure et idéaux en bandoulière, face aux Talibans autour de la ville de Mingora. Les militaires ont engagé une boîte de production pour réaliser les différents épisodes, tout en contrôlant strictement les scénarios et en se réservant le final cut.

Pas d’histoire linéaire au fil de la série, pas d’éternel héros invincible aux dents blanches, chaque épisode se concentre sur un nouveau fait d’armes glorieux. Que des évènements réels, paraît-il. Le premier épisode de la saison 2  met ainsi en scène deux soldats pakistanais s’emparant, en dépit des ordres, d’un canon anti-aérien détenu par les Talibans pour venger un de leurs camarades tombé au combat. “Une opération inouïe” s’enflamme le résumé rédigé par l’armée pakistanaise sur son compte Youtube. Tout d’abord réprimandés, les deux hommes se voient au final récompensés par un dîner en compagnie de leur commandant.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Propagande certes mais propagande à peu de frais. Chaque plan respire le manque de moyens. À peine 12.000$ de budget par épisode. Du coup on rogne où l’on peut : le casting par exemple. Plutôt que d’embaucher des comédiens, l’armée mobilise ses propres soldats. Nos deux héros précédemment cités sont par exemple joués… ô surprise… par eux-mêmes!

Je suis un soldat de cœur et d’esprit. J’ai seulement accepté de jouer ce rôle pour rendre hommage à mes confrères aviateurs et soldats

explique le major Zahid Bari, un de ces deux pilotes, interrogé par le Wall Street Journal.

Réhabiliter l’image de l’armée

C’est dans une grande opération de relations publiques que l’armée pakistanaise, véritable État dans l’État, a investi avec cette série. En diffusant son programme sur PTV, elle vise explicitement la masse de la population rurale, à peu près certaine d’obtenir ainsi des jolis chiffres d’audience. Malgré tout, l’enthousiasme est à pondérer.

Personne dans les grandes villes ne regarde PTV, ils ont beaucoup mieux avec les chaînes satellitaires. Il faut bien le dire : la télévision publique, c’est vraiment ennuyeux. Il n’y a que dans les campagnes que les gens regardent ça, ils n’ont juste rien d’autre.

confie Mariam Abou Zahab, spécialiste du Pakistan et de l’Afghanistan.

En regardant “Faseel-e-Jaan Se Aagay” et ses héros débordant de bons sentiments, de courage, d’intégrité, de patriotisme, de dévouement, de droiture, le spectateur crédule en oublierait presque à qui il a à faire. Et s’il conserve encore des doutes, la page Facebook du show intitulée “PakArmyZindabad” (“Vive l’armée pakistanaise”) devrait achever le bourrage de crâne…

La gentille armée contre les méchants Talibans

Dans le merveilleux monde manichéen de “Faseel-e-Jaan Se Aagay”, les “gentils soldats” sont opposés aux (très) “méchants islamistes”. Car le soap se veut bien une justification en prime time du retournement stratégique opéré par l’État pakistanais en l’espace de quelques années.

L’attitude du Pakistan envers les islamistes a toujours été teintée d’ambigüité. Malgré les troubles apportés par ces mouvements, certains s’avèrent bien utiles pour nuire à l’Inde, éternel ennemi,  très supérieur en termes démographiques et militaires. Les spectaculaires attentats de Bombay de 2009 avaient, par exemple, été perpétrés par un réseau basé sur le sol pakistanais, Lashkar-e-Taiba.

Mais la stratégie trouve ses limites lorsque ces militants se retournent contre l’État pakistanais et commettent des attentats sur le territoire national. Pressé par les États-Unis engagés dans leur “guerre contre la terreur”, le Pakistan s’est donc retourné contre certains mouvements en provenance de l’Afghanistan en lançant des opérations militaires au sein de la zone frontalière à partir de 2004.

Restait à justifier auprès de la population cette guerre souvent ressentie comme un conflit mené pour les bonnes faveurs des États-Unis. En transposant la victoire de Swat (considérée comme un tournant de la guerre) sur le petit écran, les militaires apportent leur part à cette campagne de communication. Profitant donc de l’occasion pour se payer une belle publicité cathodique.

À sa décharge, le Pakistan n’a pas la primeur des séries télés chantant les louanges de l’armée. Il y va juste avec la finesse d’un char d’assaut.

Illustrations: Affiches promotionnelles de la série

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Quand l’e-gouvernance aggrave la fracture sociale en Inde http://owni.fr/2011/07/15/bhoomi-egouvernance-inde-karnataka/ http://owni.fr/2011/07/15/bhoomi-egouvernance-inde-karnataka/#comments Fri, 15 Jul 2011 09:58:23 +0000 Alexandre Marchand http://owni.fr/?p=73605

Bhoomi. Le blason étincelant de l’e-gouvernance en Inde. Bhoomi. Une vitrine bien astiquée de démocratie moderne. Bhoomi. C’était presque trop beau pour être vrai.

Depuis 2001-2002, la base de données Bhoomi (“terre” en kannada) recense près de 20 millions de titres de propriétés foncières de fermiers de l’État sud-indien du Karnataka. Auparavant, le travail était effectué, à la main, par des responsables locaux en charge de plusieurs villages. Eux seuls pouvaient délivrer un titre de propriété (“Record of Rights, Tenancy and Crops”, abrégé “RTC”), sésame nécessaire à l’obtention de subventions, prêts bancaires, assurances… Dorénavant, toutes les données sont numérisées et centralisées en un réseau LAN reliant des agences couvrant les 177 districts de l’État. Il suffit donc de se rendre au kiosque où un agent s’occupe de la transaction, un écran montrant simultanément au client les manipulations effectuées.

La Banque Mondiale, un des fervents soutiens du projet, s’extasiait même en 2004:

Le projet Bhoomi (…) montre que mettre à disposition des citoyens les services du gouvernement, de manière transparente et efficace, leur donne les moyens de défier l’action corrompue et arbitraire de l’administration

Difficile de trouver une voix dissonante dans les commentaires laudateurs parsemant les sites officiels indiens. Et pourtant, tout est loin d’être aussi rayonnant dans le monde selon Bhoomi. Une étude, étouffée pendant de longs mois avant d’être rendue publique début 2007, tranche avec le discours public. Elle y montre comment la base de données, partant pourtant d’une bonne intention, a été accaparée par de gros promoteurs fonciers (que ce soit l’État ou des entreprises privées) à l’insu des populations rurales. Elle y démontre, de plus, que les objectifs premiers de Bhoomi (réduction de la corruption et des délais administratifs) n’ont pas été atteints.

Contacté par OWNI, le controversé créateur de Bhoomi, Rajeev Chawla, s’est contenté de réponses évasives et vagues.

Bhoomi e Governance

Corruption, délais: peut mieux faire

En réduisant et en centralisant le nombre de personnes habilitées à délivrer un RTC, la corruption, loin de diminuer, s’est maintenue. Quand elle n’a pas augmenté. Les employés des kiosques de Bhoomi, désormais en charge d’étendues relativement larges, ne sont plus soumis à la pression sociale du village qui jugulait leur appétit.

Parmi les six districts (taluks) étudiés autour de Bangalore, le schéma se confirme à chaque fois. Dans un des quartiers péri-urbains visés, par exemple, obtenir la mutation juridique d’un titre de propriété nécessitait auparavant une commission moyenne de 500 à 5000 roupies (7,5/75€). Avec Bhoomi, le pot-de-vin se monte à un minimum de 3000 à 5 000 roupies (45/75€) en temps normal, pouvant atteindre jusqu’à 15 000 ou 20 000 (225/300€) au moindre problème.

Le système ne bénéficie même pas de la rapidité informatique par opposition aux lourdeurs bureaucratiques d’antan. Les témoignages recueillis sur le terrain sont révélateurs. Pour la moindre action dépassant la simple obtention d’un RTC, un fermier doit maintenant compter deux à quatre mois et plusieurs visites à l’agence (donc autant de jours de travail en moins).

Faciliter le développement des grosses entreprises

Bhoomi touche au coeur d’un enjeu majeur du développement de l’Inde: la propriété de la terre. Le programme est utilisé comme un outil pour faire entrer le Karnataka dans l’ère de la mondialisation et attirer les entreprises à haute valeur ajoutée. Et là, le bât blesse. Dans la course à la croissance, les intérêts des grands conglomérats se heurtent souvent à ceux des populations locales, peu désireuses de quitter leurs terres et lucides quant aux promesses d’indemnisation.

La question de la propriété foncière est particulièrement prégnante à Bangalore. La capitale du Karnataka est l’équivalent indien de la Silicon Valley, le centre des grosses entreprises des technologies de l’information (“information technology” en anglais, IT). Il est donc vital pour le gouvernement local de ménager ces sociétés et de faciliter leur développement, notamment géographique. Infosys, Reliance Global ou encore ITC Infotech, pour ne citer que les plus importantes, sont notamment basées dans la ville . Ces fleurons de l’économie nationale jouent le rôle de locomotive d’une croissance indienne. Depuis plusieurs années, les dirigeants du Karnataka se sont donc lancés dans le vaste projet d’aménagement d’un “IT Corridor”: une zone, équivalente à 1,5 fois Paris, réservée aux entreprises d’IT.

Repérer les terres vulnérables

En centralisant la gestion des terres, Bhoomi facilite l’obtention d’informations pour la réalisation de gros projets fonciers de ce type. Il permet notamment de repérer les terres les plus vulnérables. Le but de cette restructuration des terrains: être le plus attractif possible aux investissements extérieurs. Même aux dépens des populations locales. Le fermier ne peut plus espérer peser sur la transaction, qui se faisait auparavant au niveau local.

60 à 70% de la population rurale de l’État dépend terres en défaut de paiement de taxes (pada). En raison de leurs faibles revenus, les petits fermiers n’ont généralement pas les moyens de lever ce statut (par un pot-de-vin ou le paiement de l’amende). Grâce à Bhoomi, des intermédiaires approchent ces fermiers pour leur proposer de lever la pada. En échange de quoi ils apposent leur nom ou celui de leur client sur le titre de propriété. Les terres pada étant classées en tant que sarakari (publiques) dans Bhoomi, leur acquisition est d’autant plus facile.

Quand l’État veut attirer les investisseurs

L’État du Karnataka joue ici un rôle crucial. Contrairement au secteur privé, les organismes publics (notamment le Karnataka Industrial Area Development Board, ou KIADB) détiennent le pouvoir de consolider un patchwork de terrains en une large parcelle.

Le KIADB est en droit d’acquérir n’importe quel terrain repéré par une des entreprises d’IT de Bangalore. Il lui suffit d’en notifier le propriétaire, qui ne pourra que très difficilement s’opposer à la mainmise sur ses terres. Selon des chiffres de 2005, le KIADB, aidé par des lois autoritaires, rachète des terres 18 000 à 23 000 euros/hectare aux fermiers, quand le prix du marché se situe entre 120 000 et 420 000 euros/hectare.

L’organisme public en profite d’ailleurs régulièrement pour s’emparer de plus de terres que nécessaire, une bonne partie du bénéfice allant alimenter le monument de la corruption indienne. Depuis 2009, le KIADB s’est ainsi procuré 37 000 hectares de terres agricoles, dont seuls 2 400 ont été redonnés à des projets divers.

La leçon de Bhoomi: dépasser la simple ouverture des données

Si nous voulons vraiment un gouvernement ouvert, nous avons toujours la lourde tâche de corriger les inégalités fondamentales et persistantes. Quelle que soit la fluidité avec laquelle elle circule, l’information seule ne suffit pas

Dans une récente tribune, le magazine américain Wired brandissait le cas de Bhoomi en (contre-) exemple des problématiques de l’ouverture des données. Le programme représente indéniablement un effort salutaire d’harmonisation et de numérisation des documents administratifs. Et pourtant cette e-gouvernance s’avère être un outil redoutable aux mains des forces qui modèlent le Karnataka d’aujourd’hui et de demain: seule une certaine frange des citoyens possède les aptitudes pour décrypter et utiliser cette nuée d’informations. Au risque de se retourner contre ces mêmes populations qu’elles sont censées protéger, les révolutions numériques ne peuvent résolument, en aucun cas, se dispenser d’une justice sociale.

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Illustrations: Flickr CC PaternitéPas de modification Clara Giraud PaternitéPas d'utilisation commercialePas de modification Alexandre Marchand

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Le (faux) procès du microcrédit qui masque ses (vraies) réussites http://owni.fr/2011/04/15/le-faux-proces-du-microcredit-qui-masque-ses-vraies-reussites/ http://owni.fr/2011/04/15/le-faux-proces-du-microcredit-qui-masque-ses-vraies-reussites/#comments Fri, 15 Apr 2011 08:30:04 +0000 Arnaud Poissonnier (Youphil) http://owni.fr/?p=56856 Depuis quelques semaines, la microfinance occupe à nouveau les devants de la scène. L’éviction du Professeur Yunus de la tête de la Grameen Bank et plus largement les messages très négatifs véhiculés sur ce secteur menacent une fois de plus ce bel outil de développement. La microfinance est-elle réellement menacée ou condamnée comme l’annoncent certains ? Retour sur les derniers événements.

Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix 2006, a donc été évincé, mardi 1er mars, de la direction générale de la Grameen Bank, qu’il a fondée et qu’il dirige depuis 1983. La Haute Cour de Dacca a entériné une décision prise la semaine précédente par la Banque centrale du pays, et contestée par le professeur devant la Cour Suprême du Bangladesh.

Que reproche la Banque centrale à Muhammad Yunus ? De s’être maintenu depuis 2000 à la direction de la Grameen Bank au-delà de la limite légale de 60 ans, avec l’accord de son conseil d’administration, y compris des trois représentants de l’Etat, sans que cette décision ait été formellement validée par la Banque centrale. Un limogeage… avec dix ans de retard! Cette éviction ne fait donc que confirmer l’atmosphère de règlement de compte politique qui règne sur cette affaire.

Une bataille de pouvoir à la Grameen Bank… prétexte d’une polémique sur la microfinance

Depuis l’annonce de son renvoi, le prix Nobel de la paix a contre-attaqué en dénonçant « une situation tout à fait absurde » indiquant que « le gouvernement veut aujourd’hui prendre le contrôle du conseil d’administration de la Grameen Bank pour qu’elle soit complètement à sa disposition ».

L’enjeu de cette bataille politique? L’indépendance de la Grameen Bank, que le gouvernement du Bangladesh assimile à une entité du secteur public alors que plus de 95% de son capital est détenu par les quelque 8 millions de femmes pauvres emprunteuses et que l’Etat ne détient que 25% des sièges à son conseil d’administration.

Les mouvements et déclarations de soutien à Yunus se multiplient de par le monde: les femmes bénéficiaires du microcrédit et actionnaires de la Grameen Bank, l’ensemble des acteurs du secteur mais aussi des personnalités comme Hilary Clinton, Maria Nowak, présidente de l’Adie, Martin Hirsch, Michel Camdessus, etc. Les Français sont d’ailleurs invités à venir manifester leur soutien au prix Nobel ce mercredi 16 mars au Trocadéro.

Quelques semaines après le scandale de SKS en Inde (à ce sujet vous pouvez lire mon article sur les dérives de la microfinance indienne), cette affaire fait ressurgir les polémiques liées à la microfinance, aujourd’hui triste marronnier médiatique, comme en témoigne ce sujet consacré au à la microfinance indienne diffusé au JT de 20H00, le 9 mars sur TF1.

Après avoir été encensée, peut être avec excès, la microfinance devient une abomination qui asservirait les pauvres, au lieu de contribuer à leur rendre dignité et de mettre à leur disposition des moyens d’entreprendre. Il n’est plus question que de méthodes de recouvrement inacceptables, d’introduction en bourse, de taux usuraires, de surendettement, voire de suicides…

Mais les dérives et les conséquences d’une partie de la microfinance trop mercantile, dont les médias font désormais leurs choux gras, ne sont pas représentatives de l’ensemble des acteurs de la microfinance.

C’est dans ce contexte que de très dangereux raccourcis médiatiques ne cessent de se multiplier; le limogeage du professeur Yunus est présenté comme une conséquence de la crise du secteur alors qu’il ne s’agit que d’un règlement de compte politique, les 15.000 suicides de fermiers dans la région de l’Andhra Pradesh sont mis en relation avec le surendettement, dont le microcrédit porterait la responsabilité, alors qu’il y avait malheureusement tout autant de suicides ruraux quand le microcrédit n’existait pas sur place, la microfinance est présentée comme « une poule aux œufs d’or » alors que 80% des 10.000 Institutions de microfinance (IMF) dans le monde sont en perte,  la microfinance conduirait à l’appauvrissement de 75% de ses bénéficiaires alors qu’aucun spécialiste sérieux du secteur n’a jamais défendu une telle affirmation.

Les taux à 26% (taux moyen dans le monde et en baisse constante) qui ne seraient qu’usure alors que les vrais usuriers du coin dont personne ne parle facturent sans scrupules 300%, eux! Et pourquoi les JT ne font-ils pas de reportages sur ces « Loan Sharks » ? (surnom local des usuriers)? Sans doute parce qu’ils ne feront pas la Une, comme Muhammad Yunus !

La face cachée du microcrédit ? Celle des petites institutions efficaces

Présentées comme des généralités sorties de leur contexte, ces “news” sont bien souvent de pures contre-vérités, divulguées par certains par méconnaissance du secteur ou par esprit de racolage…
Isabelle Guérin, chercheuse à l’Institut de recherche pour le développement qui fût l’une des premières à dénoncer les dérives du secteur, analyse pour le journal La Croix:

Certains disent qu’il y a trop d’argent dans le secteur. Il n’y en a pas trop, mais il est concentré dans des institutions très médiatisées, alors que des établissements plus modestes œuvrent véritablement pour le bien être des gens. A côté de la microfinance commerciale et ses dérives, existent des acteurs, à l’expertise remarquable, qui sont actuellement délaissés.

Que l’on ne se méprenne pas, le propos n’est pas ici d’éluder ou de nier les débats et les questions qui dérangent, et il est bon que les médias sensibilisent les acteurs du secteur et le public sur ces dérives. Le fait que l’on parle à nouveau d’impact social plus que de retour sur investissement en est une conséquence et c’est une bonne nouvelle.

Nous nous sommes d’ailleurs fait à plusieurs reprises l’écho de ces débats dans ces mêmes colonnes. Il est par contre extrêmement dangereux que certains de ces medias présentent ces dérives comme si elles étaient inhérentes à la microfinance elle-même.

Il en va de même de certains apprentis sorciers d’Etat qui, par pure démagogie, tentent de reprendre la main pour tout régenter. Ils mettent bien souvent – mais en ont-ils conscience – gravement en danger l’ensemble du secteur lui faisant courir un risque systémique d’assèchement de ses ressources. Faut-il rappeler que 160 millions de personnes par le monde vivent du développement de leur activité d’autosubsistance elle-même financée par le microcrédit?

Nos visites régulières sur le terrain confortent les informations qui nous remontent de tous les spécialistes du secteur; il est une grande majorité de pays et de zones où les bénéficiaires de microcrédit ne sont nullement concernés par ces dérives, mais ceux-là ne semblent pas avoir les faveurs des médias. C’est bien triste.

Il est donc plus que jamais essentiel que la communauté des acteurs de la microfinance se mobilise pour défendre sans relâche la microfinance sociale et le microcrédit responsable tout en poussant à son amendement dans les zones troublées. Le microcrédit reste sans conteste et quoi qu’on en dise, l’un des plus beaux outils d’expression de la dignité humaine.

Billet publié initialement sur Youphil sous le titre Qui veut la peau du microcrédit ?

Photo FlickR CC World Economic Forum ; Sumayia Ahmed ; McKay Savage.

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Slow Joe meets The Ginger Accident – When Are You Comin’ Home http://owni.fr/2010/11/15/slow-joe-meets-the-ginger-accident-when-are-you-comin-home/ http://owni.fr/2010/11/15/slow-joe-meets-the-ginger-accident-when-are-you-comin-home/#comments Mon, 15 Nov 2010 12:42:08 +0000 Loïc Dumoulin-Richet http://owni.fr/?p=27984 On aime bien que les artistes que nous vous proposons chaque semaine aient une histoire qui dépasse le simple cadre musical. Jusqu’à maintenant nous avons été servis, nos artistes ont tous ce petit supplément d’âme qui les rend uniques.

Le projet que nous vous offrons cette semaine va bien au-delà. L’histoire de Slow Joe est en effet assez incroyable, si improbable et passionnante qu’un attaché de presse n’oserait même pas la rêver.

Tout commence par une rencontre. Celle de Cédric de la Chappelle, jeune acteur de la scène musicale indépendante lyonnaise, et de Joe, un Indien de 65 ans. Cédric est en vacances en Inde en 2007 lorsque sur une plage, il écoute un vieil homme chanter le blues. Et il a une révélation.
Il faut dire que l’homme a de quoi intriguer : blessé à vie à la suite d’une déconvenue amoureuse survenue dans sa jeunesse, il voue son existence toute entière à chanter pour celle qui n’a pas voulu de lui et allant jusqu’à nier son identité en abandonnant ses papiers, il part chanter sa douleur sur les routes indiennes. Mais le vagabond, un temps victime d’une addiction à l’héroïne, ne se départit pas d’un anglais très soutenu et d’une classe absolue.

Cédric de la Chappelle et Slow Joe

Soufflé, Cédric de la Chappelle enregistre alors une heure de voix acapella. A son retour en France il travaille deux années durant à l’élaboration d’un album avec le groupe The Ginger Accident, mettant en musique la voix évocatrice de celui qui a illuminé son voyage. Le projet est présenté à Jean-Louis Brossard, qui est à la tête des Transmusicales de Rennes. Séduit, celui-ci veut celui qu’on appelle Slow Joe en raison de son flegme permanent  en ouverture de son festival en 2009. Commence alors un véritable parcours du combattant pour retrouver Joe, qui accepte par ailleurs rapidement l’idée de se produire sur scène, mais surtout pour lui obtenir de nouveaux papiers nécessaires à son voyage en France. L’équipe de Caravelle, tourneur lyonnais, accompagne l’artiste dans les démarches, et au terme de cinq mois d’efforts, Slow Joe peut enfin embarquer, direction la Bretagne.

Si le voyage n’est pas des plus aisés, ce qui suit effacera toutes les embûches rencontrées pour permettre le moment magique du premier concert de Slow Joe and the Ginger Accident. Programmé en ouverture des Transmusicales, le groupe déchaîne l’enthousiasme du public et des médias présents, qui découvrent un artiste à part, un vieil homme de 67 ans à la démarche fatiguée mais à l’énergie scénique incroyable. Une étoile, rappelant par touches un certain Elvis, est née ce soir là. Tant et si bien que Jean-Louis Brossard décide de programmer le groupe trois soirs de suite. La suite, c’est une signature de co-édition avec Sony et la sortie d’un EP de six titres.

Nous vous proposons de découvrir le tonique When Are You Comin’ Home qui définit à merveille le son audacieux et chaleureux du projet. Un voyage musical, certes moins exotique qu’une semaine sur une plage de Goa, mais pas moins dépaysant.

Crédits Photos : Stéphane Marchetti

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La guerre économique de la quantité, nous l’avons déjà perdue http://owni.fr/2010/10/09/la-guerre-economique-de-la-quantite-nous-l%e2%80%99avons-deja-perdue/ http://owni.fr/2010/10/09/la-guerre-economique-de-la-quantite-nous-l%e2%80%99avons-deja-perdue/#comments Sat, 09 Oct 2010 14:37:06 +0000 Sylvain Lapoix http://owni.fr/?p=30981 Octobre 2010, pour Eric Le Boucher, c’est le nouveau juin 1940 : là où certains voient dans la colère populaire l’avancée vers un nouveau mai 1968, le rédacteur en chef d’Enjeux/Les Echos expliquait dans une tribune publiée vendredi 8 sentir la résignation de la France qui avançait vers la débâcle. Une débâcle militaire à l’époque, économique aujourd’hui, où l’Allemagne nazie a été remplacée par la Chine industrieuse qui casse les prix et les travailleurs au nom du produire plus. Dans cette bataille, les recommandations du général Le Boucher sont simples : tomber l’armure des « protections sociales » (oui, le général Le Boucher met des guillemets) pour courir se jeter dans le marathon de la compétitivité, des industries d’excellences et de l’entreprise dérégulée. Sacré programme à ceci prêt qu’il est voué à l’échec.

Dans son diagnostic, l’éditorialiste accuse ouvertement les Français (jusqu’au Président de la République, relevons sa cohérence) d’être dans le déni de réalité : ils se comporteraient comme s’ils ne savaient pas que l’usine-continent asiatique tournait jour et nuit, sans « contraintes sociales » pour créer les échauffements qui jettent les salariés européens dans la rue, condamnant à terme l’industrie européenne. Réfléchissons comme Eric Le Boucher un instant. Si si, j’insiste.

Notre « société d’excellence  » aussi est en concurrence avec l’Asie

A bien y regarder, l’éditorialiste est lui-même dans le déni de réalité : en proposant une société de l’excellence, basée sur la recherche-développement, il fait comme si la Chine, l’Inde, la Corée et les autres pays asiatiques n’étaient que des monarchies manufacturières. Or, le monde a bien plus changé qu’il ne semble vouloir le croire car à quelques kilomètres des chaînes de montage de Pékin, d’autres usines, universitaires celle-là, produisent à la chaîne plus de diplomés en semi-conducteurs et infrastructures réseaux chaque mois que toutes les universités françaises chaque année.

A l’occasion d’un reportage à Seattle, j’ai rencontré dans l’avion la PDG d’un sous-traitant de Microsoft installé à Pune, près de Bombay. Parfaitement anglophone, elle allait à Redmond rencontrer ses commanditaires avant de rejoindre sa société, dont la majeure partie des salariés ont profité à l’université d’informatique de la ville de partenariat spécifique avec leur futur employeur afin d’affiner leurs compétences pour correspondre à leur futur poste et aux besoins de l’entreprise. Cette société de Pune ne faisait pas de l’assemblage pour Microsoft : elle était chargé de test en sécurité, programmation et développement sur des logiciels d’entreprise commercialisés partout dans le monde.

La guerre du low cost mène toujours à l’anéantissement mutuel des forces de travail

Par ailleurs, les belles recommendations du général Le Boucher ne sont pas même suivies par les troupes françaises : le fleuron français des microprocesseurs et semiconducteurs ST Microelectronics-Ericsson, malgré des centaines de millions d’euros d’aide publique, a remballé son patriotisme industriel au nom du différentiel de coût de main d’oeuvre entre Colombelle, en Normandie, et Bangalore, en Inde. Ces unités de R&D qui devaient nous sauver se barrent donc là où les têtes sont moins chères.

« Apprenons le chinois ! », hurlent en coeur les plus fins analystes. Les étudiants formés à la chaîne sont de langue maternel mandarin ou cantonais, voire les deux. Dans son « art de la guerre », Eric Le Boucher oublie un critère crucial : démographiquement, l’Europe est un nain face à ses nouveaux concurrents. Et comme la CIA format hier les Talibans qui mettent aujourd’hui l’armée américaine en déroute, ce sont les entreprises européennes qui ont donné aux usines asiatiques toutes les méthodes de baisse des coûts qui, depuis la chute du Mur de Berlin, rendent toute tentative d’alignement vaine. A la manière de la dissuasion nucléaire, la dissuasion low cost contre low cost aboutit à l’anéantissement mutuelle des forces de travail : à appauvrir les salariés, les délocalisations et la logique du « toujours moins cher » épuisent le réservoir de consommateurs plus vite qu’elles remplissent les étalages. La guerre de la quantité est ingagnable.

La seule façon de s’en sortir, c’est d’ouvrir un autre front : celui de la qualité. Pas de la qualité commerciale, de la finesse du R&D… Celle de la qualité des techniques de production : faire des critères sociaux et écologiques la base de notre consommation pour mettre en place une « économie » qui économise l’humain et son cadre de vie plutôt que de se tourner systématiquement vers des sources de travail moins coûteuses. Malheureusement, ce genre de logique risque d’aller contre la marche  «normale  » des profits financiers, de la spéculation sur les matières premières et les sociétés… Un certain nombre d’habitudes que beaucoup de penseurs et économistes auront du mal à perdre. Tant de mal, peut-être, qu’ils préfèrent envisager de mener une guerre perdue d’avance plutôt que de renoncer à leurs galons.

Crédits photo CC FlickR theodevil

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Une initiative en Inde : le site “J’ai payé un pot-de-vin” http://owni.fr/2010/10/02/une-initiative-en-inde-le-site-%e2%80%9cjai-paye-un-pot-de-vin%e2%80%9d/ http://owni.fr/2010/10/02/une-initiative-en-inde-le-site-%e2%80%9cjai-paye-un-pot-de-vin%e2%80%9d/#comments Sat, 02 Oct 2010 07:00:38 +0000 Namita Singh (Trad. Fatima Touati) http://owni.fr/?p=30076 Ce billet a été originellement publié sur Global Voices, écrit par Namita Singh et traduit par Fatima Touati.

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C=M+D-R. Comme l’économiste Robert Klitgaard [liens en anglais] le dit :

Corruption = Monopole + Discrétion – Responsabilisation.

La corruption, surtout politique, est monnaie courante en Inde, et les citoyens y font face dans leur vie de tous les jours. Cela mène à de sérieuses injustices dans la société et peut même être une question de survie pour certains. Dans son récent ouvrage New Tactics Dialogue on corruption, Shaazka Beyerle, conseillère principale du Centre International des Conflits Non-violents, donne l’exemple d’une veuve qui n’a pas accès à la nourriture distribuée par le système public d’aide alimentaire, parce que les représentants de l’Etat lui demande un pot-de-vin pour obtenir sa carte de rationnement. Les citoyens qui ne peuvent se permettre de verser l’argent en souffrent, et ceux qui peuvent n’ont pas d’autres options que de céder à la corruption. La colère et la frustration envers la corruption n’a cessé d’augmenter, mais, parallèlement, la pratique est également très largement tolérée. Certains offrent des pots-de-vin en échange de services, ce qui ne fait qu’aggraver la corruption.

Un site web contre les pots-de-vin

J’ai payé un pot-de-vin (I Paid A Bribe) essaye d’aborder ce sujet complexe qui détériore la société indienne. Il encourage les gens à ne pas se soumettre aux abus de pouvoir, et à leur raconter leurs histoires de corruption, pour mettre au jour les prix du “marché” de la corruption. Les gens peuvent raconter leurs histoires,  s’ils ont payé un pot-de-vin, ou non, ou encore s’il ne leur en a pas été demandé. Tout cela  à travers un formulaire, sur le blog, ou même en téléchargeant une vidéo.

Cette initiative organisée par Janaagrah, a été lancée le 15 août (Jour de l’Indépendance de l’Inde) 2010. T R Raghunandan, un ancien cadre de la fonction publique, et aujourd’hui coordinateur de l’initiative, déclare que le but est “d’obtenir un instantané de l’état de la corruption en Inde”. Janaargraha a développé une tactique innovante pour s’attaquer à la corruption. L’idée consiste à ne pas se focaliser sur des actions directes envers les institutions, basées sur des témoignages, mais plutôt d’utiliser un processus systématisé pour identifier les secteurs où la corruption est la plus forte. Raghunandan remarque que “chaque société a une idée très précise de la corruption qui s’y déroule”; ce dont on a besoin, c’est donc de comprendre comment et pourquoi la corruption sévit. Les histoires publiées sur le site sont regroupées et analysées. Ces analyses font apparaitre les institutions les plus corrompues, les failles utilisées par les fonctionnaires pour demander des pots-de-vin, les situations dans lesquelles un pot-de-vin est demandé, etc. Après avoir identifié les situations à risque et les processus qui mènent à la corruption, Janaagraha rencontre ces institutions ainsi que le gouvernement pour qu’ils prennent des mesures. L’illustration suivante schématise le processus.

Cartographier la corruption en crowdsourcing

Le but de I Paid A Bribe est d’encourager toujours plus de citoyens à venir raconter leurs histoires et expériences, ce qui permet d’accroître la prise de conscience. Outre des signalements de corruption, la page principale du site présente un diaporama regroupant des statistiques essentielles. Une carte intitulée “Corruption Commons” situe le nombre de plaintes dans différents états du pays.  L’importance du sujet est révélée à travers ces différents moyens, faisant passer la corruption et les pots-de-vin de quelque chose dont tout le monde se plaint, à un problème contre lequel les gens ont un moyen d’agir. Les internautes peuvent agir au travers d’un procédé simple, et sûr, où il ne leur est pas demandé de s’identifier ou de donner les noms des fonctionnaires dénoncés dans leurs signalements.

Raghu informe sur les bonnes procédures

Autre élément interactif et intéressant, la section “Demandez à Raghu”. Raghunandan répond personnellement aux questions adressées et fournit les informations dont les personnes ont besoin. Il explique que ses correspondants ont en général très peur du gouvernement, ce qui est essentiellement dû à un manque d’informations. Il devrait y avoir plus d’informations disponibles pour que les gens puissent se sentir plus en confiance face aux fonctionnaires, insister pour suivre la procédure établie et ne pas verser de pots-de-vin. Il est également prévu de publier des livres blancs. Le premier, qui sortira dans un mois,  concernera la loi foncière et les titres de propriété, avec une vidéo explicative, pour que les citoyens connaissent le véritable fonctionnement des procédures, le montant des frais officiels, le temps d’attente, et les obligations des responsables. La section “Impacts” contient la liste des cas où des personnes ont réussi a s’opposer à la corruption grâce aux informations fournies par Janaagraha, et simplement en faisant entendre leur voix.

Les internautes indiens peuvent également faire part de suggestions sur le forum du site et contribuer à l’élaboration de nouvelles pratiques et tactiques pour combattre la corruption.  Au travers de cette plateforme, les citoyens peuvent partager leurs expériences de la corruption, ils peuvent décider de lutter contre  les injustices dont ils sont victimes, et collaborer pour les combattre.

Donc, “Vous avez versé un pot-de-vin ? Ou non ? Vous vous sentez impuissant ? Victimes ? En colère ? Racontez nous votre histoire” et ripostez !

Illustration CC FlickR : jon smith ‘una nos lucror’

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