S&P, Fitch, Moody’s et onze millions de grecs

décembre 21, 2009
By lesaiglesmyopes

En plein marasme économique, la Grèce se rapproche du gouffre après la dégradation de sa note de marché. Agences de notations et Etats souverains : analyse d’un psychodrame.


Les agences de notations (S&P, Fitch, Moody’s) vont-elles conduire la Grèce à la faillite ? Avec une économie souterraine qui représente 40% du PIB, un déficit public de plus de 12% et une dette de 112,6%, la république hellénique connaît de telles difficultés économiques que les agences ont jugé bon de dégrader sa note de A- à BBB+: l’addition est sévère.

D’une part, le gouvernement fraîchement élu se voit sanctionné pour les actions de ses prédécesseurs alors même que la pire crise économique depuis 1929 fait rage. D’autres parts, les Grecs semblaient sur la bonne voie puisque les spécialistes dépêchés sur place par la Commission européenne sont revenus rassurés à Bruxelles. En ce sens, les agences de notations ont donné l’impression de tirer sur une ambulance et les conséquences furent immédiates. Les taux d’intérêt des obligations ont bondi de 1,1 point de pourcentage en quelques jours surenchérissant d’autant le coût de financement pour l’Etat grec.

Fitch et consort font trembler un Etat souverain, soulevant la polémique et reposant la question de leur crédibilité. Deux ans auparavant elles avaient noté triple A (meilleure note possible) des portefeuilles contenant des titres subprime qui se sont effondrés. Utiles dans leur rôle d’aiguilleur des marchés financiers, les agences de notations n’en restent pas moins faillibles et critiquables lorsqu’elles jugent des pays au milieu d’une crise internationale qu’elles n’ont su diagnostiquer. Néanmoins, la Grèce ne risquerait pas la faillite car « [son] lâchage provoquerait une défiance généralisée à l’égard de l’ensemble de la zone euro », explique Sylvain Broyer, économiste à Natixis. Devant ce risque l’UE devrait réagir mais l’incertitude demeure : les statuts de la zone euro lui interdisent de privilégier un pays particulier et ce n’est pas le micro-budget européen de 1,1% du PIB qui pourra être mobilisé. La solution pourrait venir d’organismes semi-publics – comme la Caisse des dépôts et consignation française- qui achèteraient une partie de la dette grecque. Le traité de Lisbonne permet aussi au « Conseil de l’Union [d’]apporter une assistance financière à un Etat membre en difficulté », rappelle Sylvain Broyer.


Par la dégradation de leur note grecque, les agences vont probablement forcer l’UE à intervenir et à mettre en œuvre une politique économique qui pourrait faire jurisprudence. Non, les grands agenciers ne conduiront pas la Grèce à la faillite. Mais quelles auraient été les conséquences pour un pays esseulé? Il se serait probablement jeté dans les bras du FMI, pour le meilleur et pour le pire.

One Response to “ S&P, Fitch, Moody’s et onze millions de grecs ”

  1. [...] » La suite sur Les aigles myopes [...]

Leave a Reply

Nombre de pages vues : 56241